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Pistes actuelles d’éradication du VIH
12/01/2011

En 2008, une équipe de médecins de l’hôpital de la Charité à Berlin fait un pari un peu fou : guérir un homme à la fois de son cancer et de son VIH. Comment ? L’histoire est désormais connue : ils lui grefferont, pour traiter sa leucémie, des cellules souches* résistantes au VIH en raison d’une mutation rare au niveau du récepteur CCR5 (la mutation delta-32 ou Δ32).

Bilan deux ans plus tard, en 2010 : le virus reste introuvable dans l’organisme du « patient de Berlin », qui ne prend plus de traitement antirétroviral (ARV) et pourrait donc être le premier homme à avoir guéri du VIH - après un terrible parcours du combattant. Mais la prudence s’impose, car ce recul de deux ans est encore insuffisant pour que toute interrogation puisse être définitivement écartée, et les scientifiques ne sont pas tous d’accord entre eux. Si certains penchent pour la guérison, d’autres estiment que le virus pourrait peut-être encore ressurgir d’un réservoir latent et que le patient n’est donc « pas vraiment guéri ».

Même si l’expérience berlinoise n’est pas généralisable, ni d’un point de vue matériel (rareté de la mutation Δ32), ni dans l’intérêt des PVVIH* (puisque que les risques associés à une greffe de cellules souches sont beaucoup trop élevés par rapport au traitement standard du VIH, la trithérapie), d’autres tentatives relevant de la thérapie génique* sont en cours pour rééditer ce succès. Au moins 9 patient-es en Europe et Israël sont concerné-es. Et 4 personnes également VIH+ et atteintes d’un cancer, en l’occurrence un lymphome, sont aujourd’hui impliquées dans un autre essai mené aux Etats-Unis.

Dans cet essai, les 4 participant-es ont bénéficié d’une greffe de leurs propres cellules souches (autogreffe) génétiquement modifiées par l’ajout de 3 molécules anti-VIH. La quantité de cellules souches transférées étant délibérément trop faible pour viser une guérison (puisque l’efficacité n’était pas le but recherché), les 4 patient-es prennent toujours une trithérapie « classique ». Mais 2 ans après l’intervention, les molécules greffées expriment toujours les 3 gènes insérés, et la tolérance et la sécurité à long terme de cette « trithérapie génique » sont bonnes.

On le voit donc bien, la réponse quant aux applications possibles de ces nouvelles formes de thérapie appartient au futur - et elle ne viendra d’ailleurs pas forcément de la thérapie génique. Car hormis la petite quinzaine d’expérimentations en cours dans ce domaine, une autre piste d’éradication du VIH a été ouverte : celle de l’intensification thérapeutique, une stratégie qui consiste à associer divers types de traitements anti-VIH dans le but de purger les « réservoirs » ou « sanctuaires » du VIH des cellules infectées qui y restent à l’abri de la trithérapie.

Deux essais d’éradication du VIH par intensification du traitement ARV sont actuellement en cours, l’un en Europe (Eramune 01), l’autre aux Etats-Unis (Eramune 02). Dans Eramune 01, les 28 participant-es ajoutent à leur trithérapie classique Isentress®, Celsentri® et interleukine 7. Le protocole Eramune 02 (28 patient-es aussi) utilise le même type de schéma thérapeutique, sauf que l’interleukine 7 y est remplacée par un vaccin du NIH (l’équivalent américain de l’INSERM*).

Alors, pourra-t-on un jour guérir du sida ? Avec la thérapie génique et l’intensification thérapeutique, le VIH est poussé dans ses derniers retranchements – mais l’issue du combat reste encore incertaine.

Laurent Rossignol

* Cellules souches : fabriquées par la moelle osseuse, ces cellules sont à l’origine des différentes cellules du sang.

* PVVIH : personne(s) vivant avec le VIH

* Thérapie génique : stratégie thérapeutique consistant à insérer de nouveaux gènes dans l’organisme d’un-e patient-e, pour traiter sa maladie en réparant ou en modifiant son patrimoine génétique.

* INSERM : Institut national de la santé et de la recherche médicale

Plus d’infos sur la thérapie génique avec CATIE

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