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Que faire d’une charge virale VIH très basse ?
2/03/2012

D’un point de vue purement médical, l’objectif du traitement antirétroviral est la suppression de la virémie, donc l’indétectabilité de la charge virale VIH. Hors recherche, le seuil de détectabilité de la charge virale se situe à 20, 40 ou 50 copies par millilitre de sang, selon les laboratoires. Mais quelle est la signification d’une charge virale juste inférieure à 50 cp/ml, donc à la fois très basse et détectable avec des tests ultra-sensibles ? Une étude britannique publiée dans Clinical Infectious Diseases s’est penchée sur cette question (abstract ici).

Cette étude a été menée sur environ 1250 patient-es sous antirétroviraux (ARV), ayant une charge virale inférieure à 50 cp/ml. Un résultat de charge virale (CV) était tiré au hasard dans leurs 12 derniers mois de suivi, et servait ensuite de CV de référence pour l’étude. 3 groupes de niveaux de CV se sont ainsi dessinés : le groupe A, avec 240 patient-es ayant une CV entre 40 et 49 cp/ml ; le B, avec 507 patient-es ayant une CV inférieure à 40 cp/ml ; et le C, avec 500 patient-es ayant une CV réellement indétectable, y compris par des tests ultra-sensibles.

Résultats - Le groupe A est celui dans lequel on a compté le maximum de rebonds viraux au-dessus de 50 cp/ml : 34 % des patient-es, contre 11 % dans le groupe B, donc nettement moins, et seulement 4 % dans le C. Et on retrouvait les mêmes tendances pour les rebonds au-delà de 400 cp/ml, qui étaient également investigués.

Il y avait une association significative entre la CV de départ et l’adhérence (ou observance) au traitement, le groupe A étant (logiquement) celui dans lequel l’adhérence était la moins élevée. Par contre, il n’y avait pas d’association entre l’adhérence et le fait d’avoir eu un rebond au-dessus de 50 ou au-dessus de 400 cp/ml. Les mutations de résistance étaient présentes dans les mêmes proportions pour les 3 groupes.

Il a été également observé que plus le traitement était ancien, plus la CV tendait vers l’indétectabilité. Le groupe A était traité depuis 0,2 année en médiane (soit 2 à 3 mois), le B depuis environ 2 années et le C depuis environ 3 années.

Ces résultats suggèrent que plus la réplication virale résiduelle est importante, plus un éventuel rebond viral est facilité, même à ces seuils très bas de charge virale. En revanche, les différences de niveau de CV à ces seuils très bas n’avaient pas d’impact, dans l’étude, sur le taux de résistance aux ARV.

Quant à la signification clinique d’un blip (une remontée furtive de la CV), elle n’est toujours pas élucidée. L’étude met bien en évidence que la charge virale est reliée à la fois à l’adhérence au traitement, à la susceptibilité individuelle au traitement et à la virulence de la souche portée.

Pour finir, l’étude répond seulement par « peut-être » à la question de savoir s’il faut changer de traitement quand on a une CV comprise entre 40 et 50 cp/ml sous trithérapie. En effet, est-on alors en échec virologique ou s’agit-il d’une simple question de temps écoulé depuis le début du traitement ? Sur ce point, le débat entre investigateurs et commentateurs de l’étude n’est pas clos, et des données complémentaires issues de futures études sont espérées.

Source (en anglais) : Journal Watch HIV/AIDS Clinical Care

Laurent Rossignol

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